Le consentement, Vanessa Springora – un procès de la littérature et du monde littéraire

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Je referme tout juste Le consentement de Vanessa Springora. Je me suis rendue en librairie aussitôt sa sortie, sur un coup de tête, après avoir lu de nombreux articles sur la polémique. Ça ne m’arrive jamais, mais là, le sujet me concerne, il nous concerne tous ici : le milieu littéraire.

Dans ce récit, Vanessa Springora raconte sa rencontre avec G. M. (comprendre Gabriel Matzneff), auteur reconnu, et la relation qui va s’ensuivre. Elle n’a que 14 ans, il a la cinquantaine.

Vanessa Springora a grandi dans l’absence d’un père, admirative de sa mère qui travaille dans le monde de l’édition, se réfugiant dans les livres. Lorsque cet homme lui porte un regard, elle se sent flattée, c’est la toute première fois et cette attention lui vient d’un écrivain distingué. Elle est vulnérable. S’ensuivent une série d’autres premières fois, des initiations non partagées, car elle les découvre avec un homme qui les a vécu des centaines de fois, avec d’autres adolescentes.

Gabriel Matzneff n’est pas un homme éperdu d’elle. Il est un homme éperdu de l’adolescence, de la puberté, des corps vierges et éphémères. En d’autres termes, on appellerait ça un pédophile.

Mais Gabriel Matzneff se réfugie derrière son statut d’écrivain, pour lequel il est reconnu. Et pourtant, chez lui, ces deux aspects cohabitent : ses écrits sont autobiographiques, il publie et reconnaît comme tels ses journaux, où sont relatées toutes ses frasques avec des mineurs. Son deuxième refuge pour échapper aux accusations : le consentement.

Oui, Vanessa Springora était consentante, mais pas forcément consciente. Dans ce livre, elle décortique toute sa relation passée avec Matzneff, la manipulation qu’il a exercé sur elle, l’emprise qui en a découlé, et la difficulté qu’elle a eu à s’en remettre.

Elle s’insurge contre le milieu littéraire – dans lequel elle exerce désormais en tant qu’éditrice – qui a toujours protégé Matzneff au nom de la littérature. « La littérature excuse-t-elle tout ? » s’insurge-t-elle, en toute légitimité.

Avec cet ouvrage, elle dénonce ces pratiques et leur défense au nom de l’art. Elle dénonce un homme qui a profité de jeunes filles et garçons toute sa vie durant en échappant toujours à la justice. Elle tranche les œillères d’un milieu qui a longtemps fait passer le style avant la morale, intégrant dans sa polémique Bernard Pivot (qui se défend d’avoir vécu avec son temps alors qu’il en était lui-même meneur).

Un livre nécessaire, qui prouve que le monde littéraire est encore un terrain à défricher au lieu de le placer en haut de l’échelle du prestige.

 

Le consentement, Vanessa Springora, éditions Grasset (2020)

 

 

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