Peut-on dire qu’il y a de la bonne littérature et de la mauvaise littérature ?

 

Récemment, j’ai lu Au Bon Roman de Laurence Cossé et ce roman a remué pas mal de réflexions en moi, et notamment pas mal de contestations vis-à-vis des propos tenus par les personnages.

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En voici le résumé : Ivan et Francesca se sont associés pour ouvrir une librairie ensemble, mais pas n’importe laquelle. Il s’agit d’une librairie où il n’y aurait que des bons romans, sélectionnés par un comité de huit auteurs – qu’ils auraient choisi parmi leurs favoris – et qui se proclamerait comme telle. Ils agissent ainsi, lassés de constater une production intensive de livres qui donne un taux de 98% (ici encore, d’après eux) de mauvais livres parmi les nouvelles sorties. Mais à l’ouverture de leur librairie, malgré le succès qu’elle remporte, des opposants commencent à s’insurger contre ce principe, et affirmant qu’il n’y a pas une seule et bonne littérature, mais que la bonne littérature est propre à chacun.

 

Je suis entièrement d’accord avec ces opposants. Ce qui m’a profondément gênée dans ce roman, ce sont les paroles des protagonistes, qui ont une vision purement élitiste des choses : pour eux, une certaine littérature – des noms sont cités, tels Danielle Steele et, il me semble, Marc Levy – est digne des illettrés, des gens qui rabaissent le niveau de la littérature en lui accordant une place essentielle sur les tables de vente. Je vais être honnête : je ne suis pas une grande adepte de cette littérature également, je n’y accorde aucun intérêt, je ne la considère pas comme bonne. Mais cela reste mon appréciation personnelle, et jamais je n’irais clamer aux lecteurs de Levy que je considère qu’ils lisent un mauvais livre. Les livres, il y en a pour tous les goûts, pour toutes les circonstances, pour tous les besoins ; la valeur d’un roman est entièrement subjective. Vous n’avez jamais lu un classique, un « chef d’œuvre de la littérature », sans l’apprécier ? Les personnages de Laurence Cossé vous diraient vous n’avez pas le niveau requis pour le comprendre, pour l’apprécier à sa juste valeur. Ainsi, la littérature est un domaine qui ne devrait être accessible qu’aux plus érudits ? Aux intellectuels ? Aux grosses têtes ? Les autres livres, faudrait-il les brûler ? Je m’insurge contre cette idée, contre les propos tenus dans ce livre.

J’ai espéré tout au long de ma lecture un revirement de situation, un moment où les personnages se remettraient en question en constatant une opposition argumentée à leur projet. Spoiler alert : à aucun moment ils ne reviennent sur leur opinion élitiste. N’allez pas croire que je sois contre le fait de mettre en avant des livres qu’on considère comme bons ; c’est le travail de tout libraire. Mais c’est aussi le travail de tout libraire de pouvoir combler les attentes de tout lecteur, et surtout de ne pas lui dicter une opinion générale sur ce qu’est la bonne ou la mauvaise littérature. Une vraie, une bonne librairie mettra en avant des coups de cœurs de ses libraires ; la librairie Au Bon Roman n’apporte donc rien de nouveau, sinon un clivage entre les genres littéraires. Une grosse enseigne (telle que la FNAC ou Cultura), en revanche, mettra en avant les livres qui se vendent, sans y accorder une importance quelconque sinon celle du profit ; ça, je le remets en question, car la passion de la transmission de la lecture disparaît au profit de l’échange d’un bien contre une valeur monétaire, purement et simplement.

En bref, je suis vraiment contre l’idée d’imposer une opinion aux autres, en leur disant ce qui est bien ou mal, et en les faisant culpabiliser s’ils lisent tel ou tel livre. Là n’est pas l’intérêt de la lecture, et ça peut également blesser des auteurs.

Lire ce roman m’a beaucoup fait réfléchir à tout ça et c’est pourquoi je ne le regrette pas ; après tout, c’est ainsi que l’opinion se forge. Je n’y avais jamais vraiment réfléchit auparavant, ça a donc été une expérience intéressante. Mis à part l’opinion, mon avis est très mitigé sur ce roman : j’ai beaucoup aimé la place centrale accordée au livre (c’est d’ailleurs pour cela que ma libraire Kube me l’a recommandé) ainsi que le fait de suivre la construction d’une librairie. Je l’ai lu d’une traite car l’histoire se lit bien, et pourtant je l’ai trouvée sans grand intérêt, et mal écrite. Les personnages ne sont pas attachants, il y a trop de dialogues et de descriptions mal développées, des détails insignifiants et qui n’apportent rien au roman. En bref, c’est assez ironique car je ne classerais pas ce roman sur ma liste personnelle de « bons romans »… Mais il a tout de même eu le mérite de me faire réfléchir en profondeur sur le sujet, et je vous le recommande si cela vous intéresse.

Et vous ? Quel est votre opinion sur le sujet ?

2 réflexions sur “Peut-on dire qu’il y a de la bonne littérature et de la mauvaise littérature ?

  1. Ta chronique fait écho en moi ! Mon prof de culture générale nous répète que les auteurs comme Levy et Musso n’ont rien inventé, qu’on pourrait faire la même litterature qu’eux, il suffit de maitriser l’art des pontifes. Alors oui, cest clair que sortir autant de livres en si peu de temps, ca laisse dubitatif (surtout que moi, je melangeais tous les livres d’eux que javais lu a force). Mais je me dis que certaines personnes peuvent découvrir le goût de la lecture en commencant par cette littérature la, et ca, ca n’a pas de prix

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