Mercy, Mary, Patty, Lola Lafon, éditions Actes Sud

23847790_1617730304915468_127475479_o

 

Coup de ❤️

✒️ A travers les histoires de trois femmes dont les destins se croisent, Lola Lafon explore un événement ancré dans l’histoire des États-Unis : l’enlèvement de la riche héritière Patricia Hearst par un groupe d’extrême gauche dans les années 70 et son ralliement soudain à la cause de ses ravisseurs. Gene Neveva, enseignante américaine en séjour provisoire sur le territoire français, se voit confier une enquête visant à défendre Patricia lors du procès qui lui est intenté. Pour éplucher l’immense dossier qu’on lui a confié, elle embauche une lycéenne bilingue, Violaine, qui va l’assister pendant deux semaines. Leur travail les mène à une réflexion approfondie sur l’affaire, et donne une leçon essentielle à Violaine, qui la transmettra plus tard à une autre jeune femme dont elle deviendra – en quelques sortes – le mentor.
💫 Ce livre est d’une puissance et d’une richesse intellectuelle remarquable. Cependant, sa compréhension n’est pas facile d’accès ; tout d’abord, le récit est complètement décousu, car il passe continuellement du passé au présent. De plus, il est principalement narré à la seconde personne du pluriel, « vous » désigne Gene Neveva, nous invitant à nous mettre dans la peau d’un personnage des plus singuliers et réfléchis. Au départ, j’ai été décontenancée par cette seconde personne. Et puis, j’ai fini par immerger totalement dans ce livre qui nous invite à réfléchir, à tout remettre en question, et il me semble que parler au lecteur comme s’il était un des personnages centraux du livre était indispensable pour y parvenir. Mercy, Mary, Patty ne m’a pas seulement fait découvrir l’événement qu’a constitué l’enlèvement de Patricia Hearst, il m’a également invitée à ouvrir les yeux sur la façon dont la société nous encourage à rester dans ses normes, ne pas entrer dans ses marges, ne pas avoir une vision déviante de celle qu’elle nous impose, surtout à nous, les femmes. Car c’est aussi un roman féministe ; pourquoi insinuer que Patricia Hearst aurait subi un lavage de cerveau lorsqu’elle s’est ralliée à la défense de la classe dominée ? La société américaine des années 70 considérait qu’une riche héritière fiancée à un macho aurait dû suivre le destin qui avait été construit pour elle ; dès l’instant où Patricia s’est affranchie des limites qu’on lui imposait et s’est mise à penser par elle-même, on a affirmé qu’elle avait été conditionnée. Est-ce donc ça, la liberté d’opinion et d’expression ? Ne pas pouvoir penser, réfléchir, sans qu’on nous estime influencé ?

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s